Entrevues
Témoignages de membres de la troupe
Une actrice: Marie-Pierre Drolet
Le jeu théâtral… Être quelqu'un d'autre. Aussi étrange que cela puisse paraître, c'est en incarnant les personnages dans la troupe, ceux qui ne sont pas moi, que j'ai pu mieux me retrouver moi-même. Et maintenant, je suis ici, après trois ans d'expérience avec Lucie, Frédéric et tous ceux qui ont croisé la troupe ou s'y sont installés et je ne suis plus la même.
J'ai connu la nervosité des premières et de toutes celles qui viennent après aussi, j'ai connu la frustration de sentir la justesse d'un personnage nous glisser sous les doigts, disparaître puis revenir, encore plus défini. J'ai rencontré des gens, beaucoup de gens, passionnés et uniques.
Je n'ai pas la prétention de savoir ce qu'est le théâtre, mais pour moi, il ne s'est jamais incarné en talent ou en travail mais plutôt en abandon et en sensibilité. J'espère avoir contribué à des œuvres qui ont marqué les gens et qui ont pu leur faire ressentir toute l'intensité que nous avons cherché à partager.
Longue vie aux Fous de la Rampe!
Marie-Pierre Drolet
Une actrice: Marie-Hélène Marleau...
Comment avez-vous décidé de vous joindre à la troupe du théâtre étudiant?
Je savais déjà, avant même que je ne sois au cégep, qu'il existait une troupe de théâtre au Collège de l'Outaouais. J'avais eu la chance de voir l'une de leur représentation, que j'avais beaucoup appréciée, grâce à une invitation d'une amie. Ce fut une très belle expérience et ça m'a donné le goût de me joindre à eux l'année suivante, ce que j'ai fait en septembre 2002.
Comment devient-on actrice amateur? Est-ce que cela demande beaucoup de travail, beaucoup de talent, beaucoup des deux?
Je pense qu'au-delà du talent et du travail, il y a d'abord le coup de foudre. Le théâtre est une discipline exigeante où il faut apprendre à côtoyer l'imprévu. Il faut aussi être conscient que la perfection n'existe pas, surtout dans l'art de l'interprétation: vous ne pourrez jamais dire deux fois la même réplique exactement de la même façon. Si vous ne comprenez pas cela, si vous n'aimez pas ce que vous faites, si vous n'êtes pas intéressé, peu importe le temps que vous allez mettre ou le talent que vous avez, le résultat ne sera jamais optimal. Cependant, si vous avez envie de jouer, vous devrez travailler fort, même si vous êtes doué. Il faut seulement savoir aller au bout de ses rêves.
Parlez-nous de votre rôle. L'avez-vous choisi vous-même? L'avez-vous trouvé difficile sur le plan technique et émotif?
J'avais deux petits rôles, avec une vingtaine de répliques au total, mais j'étais très heureuse de cela. Je ne voulais pas d'un premier rôle, d'abord parce que je ne me sentais pas assez forte, ensuite parce que le temps que j'avais à y consacrer était limité. J'ai choisi le rôle de la scripte, puis j'ai reçu celui de la servante à la toute dernière minute. Ce dernier était assez facile à interpréter puisque je n'avais pas vraiment besoin de travailler mon personnage: il était soumis et parlait très peu. L'autre par contre, était plus intéressant. J'étais présente sur scène à plusieurs reprises et je devais travailler avec une équipe de tournage. En fait, nous devions incarner les membres d'une équipe de réalisation. C'était un beau défi de cerner des personnages pour les rendre crédibles même s'ils n'avaient pas beaucoup de répliques.
Qui s'occupait de la mise en scène, des décors, de l'organisation?
L'organisation de la troupe et la mise en scène de la pièce étaient assurées par Lucie Jauvin et Frédéric Morin. Ce sont eux qui décidaient de l'horaire des pratiques et des décisions d'intérêt général. Ils se sont aussi beaucoup impliqués dans la conception et la réalisation des décors. Heureusement, pour ces tâches, ils ont pu compter sur l'aide de certains comédiens de la troupe et sur des étudiants du collège.
Parlez-nous de Frédéric Morin/Lucie Jauvin. Comment était-il/elle comme homme/femme de théâtre? Comme être humain?
Ce sont deux êtres tout à fait exceptionnels. Ils s'investissent au maximum dans ce qu'ils font et croient en leurs rêves. Ils nous forment comme comédiens, avec des indications théoriques, mais c'est surtout en les regardant travailler que nous en apprenons le plus. Passionnés de théâtre, ils ne se contentent pas de l'enseigner: ils en mangent, ils en vivent. Ils veulent nous transmettre leur enthousiasme et réussissent merveilleusement. Ils ont accompli une mission que je croyais impossible à réaliser: monter une pièce d'environ trois heures avec 35 comédiens/musiciens amateurs, et cela, en six mois! Ils ont sauté à pieds joints dans cette folie en nous entraînant avec eux. Le résultat fut étonnant. C'est vrai qu'ils ont tout donné pour y arriver, mais je crois qu'au fond, ce qu'ils ont investi a porté fruit. Comment les décrire? Deux personnes à la fois impliquées et disponibles, talentueuses et humbles mais plus que tout… généreuses!!!
Comment se passaient les relations avec les autres acteurs et avec le reste de la troupe?
Puisque nous étions plusieurs, c'est certain que nous avons tissé des liens moins serrés que si nous n'avions été qu'une dizaine. Malgré cela, Lucie et Frédéric ont veillé à ce que nous développions une belle complicité. Certaines de nos pratiques débutaient par des exercices et des ateliers de création où nous avions la chance de mieux nous découvrir comme personnes. Évidemment, avec nos rôles, nous avons eu à fréquenter certains comédiens plus que d'autres et cela a donné naissance à de belles amitiés. Les relations au sein de la troupe étaient donc très bonnes.
Que se passait-il dans votre tête avant, pendant et après les représentations?
C'est certain qu'il y avait une foule de détails qui défilaient à toute vitesse dans ma tête avant que la pièce commence… Est-ce que tout le monde est prêt? Les accessoires sont-ils à leur place? Est-ce que quelqu'un va avoir un « blanc »? Et là, les lumières s'allumaient, les premières répliques s'enchaînaient et le gros stress tombait. Comme je m'occupais aussi des très nombreux changements de décors, je pensais davantage aux détails techniques qui y étaient reliés qu'à mon propre texte. Je me disais que je devais rester concentrée, suivre le déroulement de la pièce et garder une bonne communication avec toute l'équipe en coulisse. Mais si le trac tombait au moment où la pièce commençait, j'avais toujours l'énervement relié à la volonté de bien accomplir toutes mes tâches. Quand la pièce finissait par contre, je voyais défiler les erreurs commises et je me disais que nous ferions mieux le lendemain. Après seulement, la joie et la fierté m'envahissaient. C'était le bonheur!
Que retirez-vous de votre expérience? En vous joignant à la troupe, aviez-vous une idée de ce qui vous attendait vraiment?
Je retiens de mon expérience que rien n'est impossible! J'ai eu la chance d'apprendre beaucoup sur le métier de comédien et je ne vois pas passer une journée sans mettre en pratique l'un ou l'autre des aspects du théâtre. Que ce soit au moment où je m'exprime devant des gens, la façon dont je gère mon stress quotidien ou les trucs pour mémoriser des informations, je tire profit de tout ce que j'ai appris. Je n'aurais jamais cru qu'un projet d'une telle ampleur pouvait se réaliser et donner des résultats aussi intéressants. Aussi je dis merci à Lucie et à Frédéric, qui m'ont permis de vivre de si beaux moments. Longue vie au théâtre, amateur ou non, et à tous ceux qui en raffolent!!!
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