Comment obtenir une bonne note sans se fatiguer
ou: l'art de répondre à une question à développement

Suite du dossier et table des matières
 
 

Rubrique des «chiens écrasés»

Un patient se fait soigner à l'urgence.

Un homme s'est fait mordre par un chien, et il a reçu plusieurs coups. On l'a frappé avec un bâton. Après ça le chien était quasi assommé. Il est allé à l'hôpital mais en conduisant, l'ambulance a eu un accrochage. Ça c'est passé au milieu du centre d'achat. L'homme s'est fait soigner à l'urgence hier soir. Le chien on l'a mis à la SPCA, c'est son camion qui a frappé l'ambulance qui conduisait l'homme qui avait été mordu à l'hôpital. Vraiment pas chanceux. Le chien, on ne connaît pas son propriétaire. En voyant le médecin, il était enragé d'avoir trop attendu à l'urgence congestionnée. Finalement il est rentré chez lui. Il était du Saguenay-Lac-Saint-Jean. Certains citoyens sont écœurés de ça.

Client mordu par un chien

Hier vendredi, en début de soirée, un chien errant s'est jeté sur un client du centre commercial X, et l'a mordu au mollet. Les employés du magasin voisin sont aussitôt accourus au secours du malheureux et ils ont réussi à chasser le chien à l'aide d'une perche.

Le blessé a joué de malchance, car l'ambulance qui le conduisait à l'hôpital a été heurtée par le camion de la fourrière venu capturer le chien. Heureusement, il y eut plus de peur que de mal.

Après avoir reçu les premiers soins et une dose de vaccin antirabique, la victime, âgée d'une cinquantaine d'années et originaire du Saguenay, a reçu son congé de l'hôpital.

Rappelons qu'il s'agit du troisième incident du genre en moins d'un an dans notre région.
 

Commentaire

Même les journalistes qui couvrent les «chiens écrasés» doivent suivre les règles de la simplicité, de l'exhaustivité et du mouvement.

Regardons comment l'article de droite est construit. Dans le premier paragraphe, on plante le décor: qui a fait quoi, , quand et comment. Le sujet est amené, posé et résumé d'emblée. L'action rebondit alors: c'est l'objet du deuxième paragraphe. Nous sommes curieux de savoir comment l'histoire s'est terminée: le troisième paragraphe répond à notre attente. Il ne reste plus qu'à conclure en beauté en replaçant l'incident dans un contexte plus large (dernier paragraphe).

On dirait que l'auteur du texte original (article de gauche) prend un malin plaisir à tourmenter ses lecteurs. Il est vrai que tout est dit et que rien n'est de trop (la règle de l'exhaustivité est à peu près respectée). Par contre on se demande la plupart du temps qui est le sujet de l'action (la règle de la simplicité est bafouée). Quant à la règle du mouvement, qui veut que l'action progresse systématiquement tout en gagnant de l'intérêt, elle est le plus souvent malmenée par des retours en arrière et par une formulation qui sème la confusion. Le tout est ficelé dans un paquet informe et indigeste, sans aucun retour à la ligne. Le titre est encore plus nul que le reste.

Si vous étiez le rédacteur en chef, combien seriez-vous prêt à payer pour chacun des deux articles? Pendant que nous y sommes, pensez-vous que le commentaire que vous êtes en train de lire repose sur un plan clair et structuré?


Pour usage personnel seulement
© Renaud Bouret